
Les Gens qui partent est un projet qui, dès son origine, interroge ce que signifie partir, quitter, traverser. Pour le nourrir, nous avons choisi d’aller à la rencontre des gens, de leurs voix, de leurs récits. Écouter comment chacun, selon sa langue, son histoire, ses silences aussi, répond à des questions qui paraissaient simples et qui, peu à peu, se sont révélées vertigineuses.
Trois phrases nous ont accompagnés : « Si, comme Ulysse, j’avais un bateau… » ; « Que cherche-t-on quand on s’en va ? » ; « Where is your home? »
Elles ont voyagé avec nous, de la Corse au Centre Voce de Pigna (2023), au CRD de Gennevilliers (2023), jusqu’à Tijuana, au Center on Global Justice – UCSD (2024), puis à Darmstadt, dans le cadre des Ferienkurse für Neue Musik (2025). Dans chacun de ces lieux, des voix se sont déposées, parfois timides, parfois rugueuses.
Pour les besoins du spectacle, il a fallu réduire : couper des phrases, ne garder qu’un mot, une intonation. Mais derrière chaque fragment entendu sur scène, il y a une histoire entière. Nous avons voulu leur rendre hommage, à ces hommes et ces femmes qui nous ont confié un morceau de leur chemin. Cartographier ces voix est né de cette nécessité : conserver les témoignages dans leur continuité, leur densité.
Aujourd’hui, elle rassemble des témoignages en une dizaine de langues et continue de s’élargir. Nous la mettons à jour régulièrement, comme on ajoute une pierre à un cairn. Ce n’est pas un atlas figé, mais une carte mouvante où se dessine, à travers les mots des autres, une géographie de l’exil et de l’appartenance.
Il ne s’agit pas seulement d’archives. C’est un lieu d’écoute, un espace où l’art devient médiation. Non pour imposer une vérité, mais pour donner à entendre la diversité des manières de dire et de rêver. Cette cartographie sonore n’apporte pas de réponses. Elle ouvre des échos, elle rappelle que partir n’est jamais qu’un geste individuel, c’est aussi une part de mémoire collective qui se déplace, se transforme et se transmet.
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